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Notre groupe a pour objet de collecter, d’échanger et de conserver la mémoire vivante de SAULX-LES-CHARTREUX. Souvenirs, photos, documents et anecdotes sont bienvenus sur ce site. .

Un Saut dans le Temps

Un dimanche à Orly

Un dimanche à Orly
Quand nous commençons à écrire un nouvel article, il y a toujours un point de départ : un souvenir, une carte postale, un document ou une photo.
Ce point de départ nous entraine parfois dans un labyrinthe de recherches plus avancées pour construire un texte que l’on veut intéressant pour le plus grand nombre d’entre vous.

Nous avons eu la chance que Jean-Pierre MONTIEGE nous confie ses albums photos familiaux. Comme disent les influenceuses, nous y avons trouvé des « pépites » !  Trésors photographiques qui nous transmettent la joie de vivre du passé.

En effet, nous avons numérisé quelques clichés pris au bord des pistes d’Orly vers 1938/39.

Ces instantanés évoqueront à tous, nous l’espérons, des moments où nous avons été émerveillés.  

Connaissez-vous la chanson de Gilbert BECAUD et Pierre DELANOE écrite en 1963 : « Un dimanche à Orly »

Un dimanche à Orly

En voici le premier refrain :

« …Je m'en vais le dimanche à Orly.

Sur l'aéroport, on voit s'envoler

Des avions pour tous les pays.

Pour l'après-midi, j'ai de quoi rêver.

Je me sens des fourmis dans les idées

Quand je rentre chez moi la nuit tombée… »

Chacun pouvait alors rêver de prendre un jour un avion pour aller loin, très loin…

 

Saulx se trouve à 15 km d’Orly.

 

Quand des amis de province ou que de la famille venaient chez nous, il était courant d’aller y faire un tour. C’était un lieu chargé de nouveautés et d’évasion qui s’offrait à nos yeux ébahis.

Dans les années 1960, c’était le premier site visité en France, devant la Tour Eiffel et le château de Versailles ! En 1964, on comptera plus de 4 millions de visiteurs « non passagers » dans l’année.

 

 

Un dimanche à Orly

On va commencer par un peu d’histoire, celle de cet aéroport.

Il porte le nom d’une des 7 villes sur lesquelles la structure et les pistes sont implantées, il est situé plus précisément, et depuis l’origine, sur le plateau des Longboyau.

Ce premier « aérodrome organisé » au monde a été inauguré le 23 mai 1909 sur la commune de Viry-Châtillon. Il est alors nommé « Port-Aviation ».

Un dimanche à Orly

Ce n’était pas un véritable aéroport, mais plutôt un champ de course pour les avions. Il servait à accueillir des meetings et l’architecte Guillaume TRONCHET avait dessiné une belle piste en ellipse de 4 km.

Un dimanche à Orly

Avant 1909, les avions, s’envolaient seulement à 10 m de hauteur. Ils ne pouvaient même pas prendre de virage ! C’est pourquoi les aviateurs faisaient des essais sur les pistes des hippodromes d’Ile de France.

Pendant la Première Guerre Mondiale, de très nombreux pilotes ont été formés sur ce terrain.

Un dimanche à Orly

Les inondations (liées aux crues de l’Orge) étaient courantes et cet espace a été abandonné en janvier 1918.

Un dimanche à Orly

En 1917, les Américains vont installer un nouveau terrain plus au Nord à proximité de la ville d’Orly.

En janvier 1918, le ministère de la Guerre réquisitionne 11 hectares de terre, toujours sur le plateau de Longboyau

Aujourd’hui, de ce premier aérodrome, il reste uniquement le mess des officiers (Visite possible à faire à pied avec des panneaux descriptifs)

Un dimanche à Orly

Après la Première Guerre Mondiale, des écoles d’entrainement de pilotes ont été installées sur le site.

Un dimanche à Orly

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le site stratégique est très rapidement occupé par les Allemands. Il est alors bombardé, aussi souvent que possible, par nos alliés.

Un dimanche à Orly

En 1944, à la libération, l’US Army Air Force s’y installe.

En 1954, l’aéroport devient finalement et exclusivement civil.

Au départ, les pistes étaient conçues pour accueillir des avions à hélices, comme les « Constellation », puis il a fallu accueillir des avions à réaction, avec un gabarit plus important, comme les « Caravelle », par exemple.

En 1961, l’aérogare Sud est inaugurée par Charles de Gaulle. Il dira que ça fait partie de la « capacité de la France à conduire le progrès à la rencontre de la terre et du ciel. »

L’évolution et l’extension d’Orly continueront ensuite régulièrement.

Depuis 1961, pour 50 centimes de franc au départ, on pouvait accéder aux terrasses d’Orly Sud (1 900 m² dont 770 m² de pelouses avec tables et bancs …) pour nos dimanches de tourisme. Il fallait passer par un guichet, des volées d’escaliers en plein air, et, au 4ème étage, une sorte de passerelle sur laquelle se trouvait une table d’orientation. Il y avait même un bac à sable pour les enfants ainsi qu’un speaker qui annonçait les vols en identifiant les avions : Caravelle d’Air France, Boeing 707 de la TWA, …

Un dimanche à Orly

En 1968, un couvre-feu ministériel est instauré pour protéger les riverains des nuisances sonores entre 23h30 et 6 h : soit 17h de trafic aérien au-dessus de nos têtes.

Les terrasses seront définitivement fermées après les 2 attentats de janvier 1975 contre les avions de la compagnie israélienne « El Al ». Les terroristes (dont « Carlos ») qui n’étaient pas « assez près » pour atteindre leur cible le dimanche précédent, récupèrent un bazooka caché dans le plafond des toilettes, se positionnent sur la terrasse. Ils sont repérés : une fusillade éclate, ils tirent une grenade dans la foule, s’enfuient, prennent des passager en otage : il y aura 20 blessés.

Un dimanche à Orly

Au fil des années, ce qui était une opportunité pour nous salucéens, au début du 20ème siècle devient un véritable préjudice.

Car, à Saulx, nous sommes impactés fortement par le couloir aérien. Nous en subissons quotidiennement les nuisances sonores et surtout la pollution.

Un dimanche à Orly

Avec 600 mouvements journaliers, atterrissages et/ou décollages entre 6h30 et 23h30 (si le couvre-feu est respecté) nous sommes à une moyenne d’un mouvement toutes les 1.7 minute… Les avions se suivent, à la queue leu leu, et nous en apercevons les feux alignés lorsque nous sommes sur la plaine agricole.

Nous pourrions en trouver un petit bénéfice : ces envols ou atterrissages nous donnent également une notion météorologique. Les vents changeants déterminent le sens du roulage et donc la puissance des bruits : décollages très bruyants aux beaux jours et atterrissages un peu moins sonores, sous la pluie. Puissance et poussée dans un sens, ralentissement des moteurs de l’autre.

Il faut savoir que, en 2025, Orly a accueilli 33 millions de passagers.

Une photo du ciel salucéen gribouillé par les traces blanches laissées par les avions (condensation de l'air qui tourbillonne à l'extrémité des ailes) nous donne une idée des préjudices subis.

Ces traînées de givre quadrillent de manière artistique et abstraite notre ciel chaque jour.

Un dimanche à Orly

[Pour info : un avion consomme en moyenne 3 litres de carburant, par passager, pour 100 kilomètres parcourus. Un litre de kérosène consommé correspond à 3 kgCO2e. Un avion émet donc 9 kgCO2e/100km/passager en moyenne.

L'aviation est l'une des sources d'émissions de gaz à effet de serre dont la croissance est la plus rapide, contribuant ainsi au changement climatique mondial. En effet, si l'ensemble du secteur aérien était un pays, il figurerait parmi les 10 nations les plus polluantes au monde en termes d'émissions de carbone.

Une mesure vise à interdire progressivement, d'ici 2029, les avions les plus bruyants. Ils seront remplacés par des avions de nouvelle génération, émettant 50 % moins de bruit et 25 % moins de CO2.]

 

 

Mais revenons à un sujet plus satisfaisant : ce que pouvait être un après-midi du dimanche à Orly.

La famille MONTIEGE nous offre une idée joyeuse par les 4 photographies suivantes, en noir et blanc et à bords dentelés. Si peu et pourtant tout un programme qui peut éveiller nos souvenirs.

 

Nous sommes vers 1938/39, nous déduisons cette date par rapport à l’âge du petit garçon qui porte un manteau clair et un béret foncé : c’est Roland Montiège et il doit avoir 2 ou 3 ans.

La famille se trouve au bord des pistes et nous allons l’observer… elle et son environnement.

Il ne fait pas chaud, tout le monde porte une veste épaisse, les enfants ont leur manteau fermé jusqu’en haut. Une lavallière blanche, soyeuse avec son joli nœud, protège un cou. Tous sont parfaitement endimanchés.

Il n’y a que des ombres légères portées au sol ce qui indique que le soleil n’est pas brillant. Le sable semble ne pas « gadouiller ». Peut-on en conclure que nous sommes un triste dimanche hivernal ? Automne ou printemps ? Peut-être se sont-ils retrouvés pour un anniversaire ? Roland est né un 18 février ?

On voit sur une première photo : René Montiège et sa femme Simone née Hordesseaux. Tous les deux posent avec un sourire éclatant.

Un dimanche à Orly

Une seconde image les montre avec leurs 3 enfants : Pierrette, Eliane et Roland. (Danielle leur 4ème enfant n’est pas encore née.)

Un dimanche à Orly

Encore un cliché avec seulement les enfants : Pierrette, à droite, porte un manteau et un chapeau noir. Eliane, à gauche est vêtue d’un manteau foncé et d’un bonnet blanc.

Quant à Roland, au milieu, il croise les jambes comme un grand.

Est-ce une tartine que deux d’entre eux tiennent à la main ? Est-ce l’heure du goûter ?

Un dimanche à Orly

Une nouvelle photo montre toute la famille et les amis rassemblés. Ils ont tous le sourire, la bonne humeur est contagieuse.

Un dimanche à Orly

Nous les avons numérotés pour pouvoir mieux les reconnaitre.

  1. Eliane MONTIEGE
  2.  ??
  3.  ??
  4. Denise HORDESSEAUX (la sœur de Simone)
  5. Geneviève BILLAU marraine de Roland
  6. Pierrette MONTIEGE
  7. Monsieur BILLAU parrain de Roland
  8. Roland MONTIEGE
  9. Simone HORDESSEAUX ép. MONTIEGE
  10. René MONTIEGE
  11. Pierre HORDESSEAUX avec ses grosses moustaches reconnaissables (Père de Simone)
Un dimanche à Orly

Passons à l’arrière-plan des photos !

Nous voyons de petites barrières grillagées qui interdisent l’accès aux avions. Les hommes peuvent s’y accouder, comme celui qui est venu à vélo ! Orly vaut bien un long déplacement. Cet aérodrome n’a pas son pareil : il n’y en a pas d’autre ailleurs.

Un dimanche à Orly

On voit également une pancarte qui indique « ATTENTION » et de ne pas franchir les barrières.

Et nous voyons, bien sûr, deux avions à l’arrêt. 

Quels types d’avions ?

Un dimanche à Orly

J’ouvre un nouveau paragraphe :

Quand on ne sait pas, il faut faire appel à un ami ! En l’occurrence UNE amie, qui est pilote et qui fait partie de l’AFFP : l'Association Française des Femmes Pilotes. « C’est une association qui regroupe des femmes pilotes privées ou professionnelles et femmes de l'Air, partageant une même passion de voler. »

Françoise Sockeel, que je remercie chaleureusement ici, a demandé conseil à Alain de Libero. Lui-même étant passionné par l’histoire des femmes pilotes. Il a déjà écrit 3 livres sur les pionnières du ciel, c’est également un collectionneur de maquettes d’avions.

Vu sur le site des éditions Maïa : Alain de  Libero « ex-ingénieur hospitalier à l’hôpital Necker-Enfants malades est passionné d’aviation depuis sa plus tendre enfance. Ses recherches sur les femmes pilotes, suggérées par son épouse Maeva, lui ont fait prendre conscience que l’aéronautique est aussi féminine. Les femmes ont fait, font et feront l’histoire de l’aviation. Ne les oublions pas. »

Alain de  Libero pense que l’avion derrière les enfants Montiège est un « Potez 36 ».

Un dimanche à Orly

C’est un avion monoplan (une seule paire d’ailes) qui a été construit par la société POTEZ. Cet avion est à la genèse de l’aviation de tourisme vers 1930. Sa cabine fermée permettait de transporter 2 personnes côte à côte. Une multitude de prototypes va être construit en plusieurs versions : 3 - 5 – 13 – 14 – 15 – 17 – 19 – 21, entre 1929 et 1933. Ces versions numérotées de 3 à 21, sont un peu comme nos Point Zéro. Ces machines volantes s’enrichissaient de nouvelles améliorations ou avancées techniques et technologiques. Ces engins ont été, ensuite, construits en série.

La société POTEZ, porte le nom de son créateur : Henri POTEZ. L’avionneur français le plus important des années 30. Henri Potez est, comme les Frères Caudron, un concepteur picard, originaire d'Albert dans la Somme où son entreprise est toujours vivante.

Henri POTEZ va aider au développement de l’aviation de tourisme en construisant des infrastructures partout en France, comme la plus grande station-service implantée à Orly en 1933. Il gère également 7 écoles de pilotage. En 1937 sa société est liquidée, sauf « Paris Aéro-Service » à Orly.

 

Aujourd’hui, nous avons tous les inconvénients mais aucun avantage. Nous ne pouvons plus aller aussi près des avions pour prendre des photos. Nous avons l’unique possibilité de stationner, illégalement, quelques minutes, au bord des pistes, pour montrer les « gros-z-avions » à nos enfants…

 

 

Un dimanche à Orly

J’aimerai finir cet article, par une note plus joyeuse, sur la 4ème photo, celle que je préfère et qui va tous, très certainement, nous ramener en enfance.

On voit un parrain qui fait voler son jeune filleul, Roland Montiège, dans ses bras.

Un dimanche à Orly

« Faire l’avion » ça vous parle ?

Quand un adulte nous emportait dans un tourbillonnement joyeux, une première ivresse enfantine.

Pour les plus petits, c’était bien positionné dans les bras d’un parent, comme ici sur la photo de Roland.

Pour les plus grands il fallait donner sa main à l’adulte… ensuite on levait la jambe du même côté pour lui donner notre pied. En équilibre instable ! Main et pied d’enfant tenus fermement par les 2 mains d’un adulte et le manège pouvait commencer !

Au premier tour, notre main libre touchait le sol, au deuxième tour, nous montions d’un cran et au troisième nous étions à l’horizontale et en étoile !

L’enivrement de la vitesse, la bouche ouverte ou en criant, nos sensations étaient extrêmes… Jusqu’à ce que notre père, ou parrain, fatigué de ce poids mobile, nous repose au sol, en suivant la force centrifuge décroissante…

A nous de dire en suppliant : Encore une fois s’il te plait !

Si notre regard était assez implorant, nous avions le droit de faire un nouveau tour dans cet avion imaginaire !

Encore et encore sans nous lasser, jusqu’à l’épuisement du porteur !

Antoine de Saint Exupéry a écrit : « Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. »

Et vous ? Vous vous en souvenez ?

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M
Une fois de plus quel bon travail. Je me souviens, dans les annees 63, et plus .. finir nos soirées apres un cinéma, prendre un verre avec les copains sur les terrasses à Orly et chanter la chanson de Becaud🤣🤣. Merci d'avoir remuer ces souvenirs. En effet, de nos jours, il ne reste que les inconvenients, bruit et pollution, mais nous sommes tous ravis de voyager en avion... dans le modernisme il y a du bien et du beaucoup moins bien🤫🤔🙄
Répondre
Sans nous concerter, nous faisions donc tous à peu près la même chose : terminer les soirées ou le week-end à Orly. <br /> Aujourd’hui, c’est vrai, il ne reste souvent que le bruit et la pollution… mais nos souvenirs rappellent qu’il y a eu aussi une époque plus légère, plus insouciante, où le modernisme avait un parfum de fête. Ce partage redonne un peu de douceur à un sujet qui en manque parfois.😊 Merci pour les commentaires : ils nous encouragent.<br />