14 Juin 2026
Comme l’atelier poterie organise une exposition les samedi 20 et dimanche 21 juin, nous nous sommes penchées sur notre histoire locale pour faire écho à cet évènement.
L’atelier ouvrira ses portes de 10h à 18h à l’espace Jean Ferrat, au 49 rue de la Division Leclerc à Saulx les Chartreux.
Notre commune se trouve sur un territoire très argileux. Il suffit de voir la carte de BRGM, établissement public français pour les applications des sciences de la terre, afin de visualiser notre géologie locale. Ce bureau étudie les sols afin d’éviter les constructions en zones : de cavités, d’avalanches, argileuses ou inondables. Pour ce qui nous concerne, c’est l’argile que l’on doit observer sur cette carte, elle est représentée en rouge.
En effet, le Ministère de la Transition Ecologique a demandé au « Bureau de Recherches Géologiques et Minières » de réaliser une carte notifiant la présence des argiles sur le territoire national. Depuis plusieurs années, les aléas climatiques font gonfler ou rétrécir ces plaques marneuses de manières importantes. Ces retraits et dilatations des sols, en fonction des sécheresse et de la pluviométrie, font bouger, déplacer et fissurer des maisons et des bâtiments neufs ou anciens. C’est pourquoi, désormais, les collectivités locales doivent connaître et informer sur les risques encourus avant d’autoriser les permis de construire.
Cette carte montre que notre commune se trouve sur deux filons très importants. Le premier est situé directement sous le village et l’autre se développe vers le Rocher de Saulx. Comme s’ils se déroulaient depuis l’ouest vers l’est. On visualise très bien également le sable en beige. On peut remarquer que Paris et la vallée sinueuse de la Seine sont très claires sur la carte, puisque la capitale est posée sur des carrières et que la Seine est sablonneuse.
Nos anciens n’avaient pas besoin de tels documents, ou connaissances techniques et géologiques, pour s’apercevoir que les terres salucéennes étaient différentes. Les noms que l’on trouve sur les cadastres depuis des décennies, voire des siècles, nous indiquent parfaitement la nature des sols, dont nous pourrions étudier la liste comme : les Glaises, la Glissoire, les Marnières, les Poudres Volent, les Sables, les Sablons, la Terre aux Mottes, le Trou à Terre. On imagine très bien comment elles ont été nommées, certaines en voyant du sable apparent, d’autres où il s’envole et puis celles dont la terre est collante, lourde ou glissante…
Nous allons regarder aujourd’hui, celles qui sont nommées : les Glaises, les Marnières, la Terre aux Mottes et retenons également le nom du ruisseau de Chauffour.
Faisons un petit rappel de certaines définitions :
L’argile est une matière sédimentaire contenant du feldspath et du silicate. Elle est molle, collante et plastique lorsqu’elle est gorgée d’eau et se rétracte et fendille au séchage.
La marne est également issue de la sédimentation de calcite, mais elle contient du calcaire en plus grande quantité.
La glaise est une terre grasse, compacte et imperméable.
3 mots pour définir des matières, pratiquement identiques, très plastiques qui peuvent subir une transformation physique et irréversible par le feu d’une cuisson.
Observons le cadastre salucéen :
la première parcelle, nommée les Glaises, se trouve dans le « Bas Pays » une sorte de triangle entre Saulx, Villebon et Champlan. (voir notre article - En balade dans les bas pays - du 15 avril 2026). Etant petits, nous nous arrêtions vers des mottes de terre verte, dont les taupes faisaient une extraction hémisphérique. Il était agréable de fabriquer de petits modelages assis au milieu d’une prairie sauvage.
Les autres parcelles sont les Marnières et la Terre aux Mottes. Elles se situent toutes les deux sur le plateau de Saulxier, juste à côté de la Tuilerie, en allant vers le Rocher.
Toujours à Saulxier, durant les travaux de l’école Anatole France et de la maternelle Ginette Kolinka, de nombreux élèves ont profité des récréations pour creuser et récupérer de l’argile afin de fabriquer des billes et autres petits objets. En effet ce site est également très riche en argile verte. Comme lorsqu’il y a eu l’excavation des fondations du magasin Aldi, au bord de la N20. Nous avons pu voir de manière franche et géologique les strates d’argiles vertes.
Mais revenons à notre sujet principal : La Tuilerie.
Elle a été construite en 1654 où on la trouve archivée sous le nom de « Tuilerie du Monthuchet ». Ensuite dans les textes des différents conservatoires, elle est intégrée directement au domaine du château, sans plus apparaître sous son nom propre ou en tant qu’entité unique.
Le domaine de la Tuilerie était constitué de plusieurs corps de bâtiments, 2 existent encore aujourd’hui. Le premier ressemble à une maison bourgeoise avec une tourelle et le second est une sorte d’édifice plus simple et beaucoup plus bas. Il pourrait être l’emplacement de la manufacture ? Pas de trace du four, dont la cheminée devait être imposante et très haute pour éviter les revers de fumée. Il faut noter que le petit ru qui coule en bas du site s’appelle le « ruisseau de Chauffour ». Peut-être en référence à la chaleur du four à briques ?
Pour alimenter cette manufacture, il existait un gisement d’argile à ciel ouvert, juste à l’angle du chemin de la Tuilerie et de la rue Léon Chartier. Certains, en fonction des régions géographiques, nomment ces « carrières » : des fosses, des argilières ou des terrières. La pâte céramique était extraite pratiquement en l’état tellement les filons étaient de bonne qualité et de belle structure sur notre commune.
Vue de la côte rue Léon Chartier : la fosse était à droite mais aujourd'hui comblée, la nature a repris ses droits.
En 1654, à l’époque des premières fabrications, on peut s'appuyer sur les représentations graphiques montrant comment étaient fabriqués les tuiles, les briques, les pavés et peut-être les faiteaux, pour comprendre le travail effectué. Prenons exemple des planches de l’atlas « L’Art du tuilier et du briquetier, de Duhamel du Monceau ».
C’était une succession d’opérations qui ont très peu évolué dans l’histoire : entre les objets gallo-romains fabriqués par des esclaves, les valets et compagnons du Moyen-Age et les tuiliers de cette époque.
Une suite de tâches fastidieuses et très physiques. Il fallait : extraire, préparer et déplacer l’argile, puis façonner les pièces et les cuire. Toutes ces manutentions ont été très longtemps réalisées à mains d’hommes, sans beaucoup de moyens techniques ou industriels surtout sur le petit gisement de Saulx.
La première étape était de trouver un filon argileux assez important. Puis il fallait nettoyer cette parcelle de tous les végétaux et creuser. Nous savons que notre fosse « était un petit site de marché local, reposant sur un gisements très modeste. La tradition locale et orale de Saulx, indique que les premières tuiles plates de l’église, comme celles des plus vieilles maisons, ont été faites dans ce hameau. Les coûts de transport vers Paris étaient trop élevés. Des sites plus grands et mieux situés fonctionnaient à plein régime dans les vallées de la Seine et de l’Oise ».
Les tuiles et les tomettes étaient moulées à la main, ce qui les rendaient uniques et irrégulières. Quelquefois, le passage d’un chat ou d’un chien, durant le séchage, pouvait laisser l’empreinte des coussinets et former de légers défauts, qui sont pourtant une preuve de non-industrialisation et donne du charme à un matériau fait en série austère.
Passons à la fabrication d’une tuile étape par étape :
Dans la fosse d’extraction, le plus souvent les hommes formaient des paliers sur lesquels ils pouvaient continuer l’excavation en descendant, une sorte d’escalier géant dont les marches diminuaient au fil du temps. Pour Saulx, le début d’excavation commençait depuis le chemin de la Tuilerie et dévalait vers le ruisseau de Chauffour.
L’argile était ensuite transportée vers la tuilerie. A l’origine probablement avec des brouettes ou dans des charrettes tirées par des chevaux, tout le long du chemin.
Puis vers 1750, quand les derniers paliers étaient plus vers le bas, le transport à été réalisé avec de petits wagonnets. Une petite voie ferrée avait été installée sur la rive droite du ruisseau de Chauffour. Ces « berlines » allégeaient la charge humaine.
Certains salucéens se souviennent encore de ces rails en bas de la côte du Monthuchet et de vieux wagonnets rouillés oubliés sur place après la fermeture totale du site.
Une fois l’argile transportée vers la tuilerie, elle était travaillée également de manière fastidieuse. Premièrement tamisée pour enlever tous les débris, pierre et cailloux. Puis pour la rendre homogène elle était piétinée, soit humainement par les « marcheurs », souvent des enfants, ou bien par des animaux comme des chevaux... Ensuite arrivait le malaxage.
On laissait cette pâte se reposer, décanter, pendant plusieurs semaines, afin de la rendre plus plastique.
[Aujourd’hui, en poterie, la décantation de l’argile est très à la mode. On parle d’argile sigillée. Ce mot vient du latin Terra sigillata : terre à cachet. Les vases romains épurés étaient de teintes rouges, issues de l’argile naturelle, rouges comme les briques. Ces poteries étaient décorées de sceaux ou cachets. On en trouve les premiers vestiges datant de 40 av. J.-C]
Puis venait enfin la fabrication proprement dite des tuiles et des tomettes. Les premiers moules étaient en bois. Les hommes posaient de belles tranches d’argile dans les moules et ils lissaient la terre à la main, avec une réglette et la technique de l’estampage, comme sur le dessin ci-dessous.
Ensuite il fallait mettre toutes les tuiles à sécher. La place utilisée devait être très importante. Ce séchage permettait à l’eau de s’évaporer doucement.
Et pour finir, il fallait empiler toutes ces pièces bien sèches dans un grand four. La chaleur devait monter lentement, pour éviter la casse, pour atteindre environ 1 000°. Il fallait avoir beaucoup de combustible pour cette cuisson à haute température. Seule cette étape permettait de durcir la matière de façon irrémédiable.
Les dimensions de la propriété, transformée en maison bourgeoise en 1779, donnent une idée de l’importance de cette activité.
Certains salucéens, enfants d’après-guerre de 45, avaient un attachement particulier pour cette tuilerie, et surtout pour les vestiges de la carrière : une glaise d’un beau vert, bien souple (voir notre article - La ligne - du 30 mars 2025).
On a de nombreuses photos et cartes postales anciennes de la carrière de grès du Rocher (voir notre article du 26 décembre 2023), mais aucune sur la carrière de glaise de la côte de Saulxier. Elle n’était déjà plus exploitée à l’époque des premières photographies. Alors, nous en sommes malheureusement les derniers témoins oraux.
A chaque article que nous écrivons, nous essayons de trouver des documents, ceux qui nous manquent, comme des photos, pour illustrer et faire vivre nos textes. Cette fois nous avons choisi de partager 3 choses complémentaires : les fiches de recensement, un article et un musée de la Tuile.
1°) Les fiches de recensement qui nous indiquent les personnes qui habitaient à la Tuilerie après sa fermeture. Comme le nom de la Tuilerie n’est pas apparent à chaque recensement, mais qu’elle est agglomérée à Saulxier, cette liste est très succincte.
En 1846 : Théron ou Théodore 52 ans, rentier, chef de ménage et Lelienne Marie-Rose, sa dame de compagnie 35 ans, Guibert Reine, sa domestique, 23 ans https://archives.essonne.fr/ark:/28047/l7c2sh6r4tfg/04ee56bc-fbb4-4fd7-b577-4f3aef53e78f
En 1851 : 1 maison – 2 ménages – 3 garçons, 1 homme marié, 2 filles, 1 femme mariée soit 7 personnes. 1er ménage : Théodore Théron propriétaire 59 ans et sa domestique Victoire Laurent 25 ans (probablement sœur de la femme du ménage) 2ème ménage : Joseph Legendre jardinier 28 ans, Victorine Laurent femme Legendre jardinière 27 ans (la domestique du dessus doit être sa sœur), Joseph Legendre 5 ans, Auguste Legendre 2 ans, leurs fils, Adélaïde Legendre 15 jours, leur fille (vivant du travail de leurs parents),
https://archives.essonne.fr/ark:/28047/561chxn3v9jg/c689d276-d44c-45b6-817a-a3e37b81b910
En 1856 : 1 maison – 2 ménages – 2 individus. Théodore Théron est propriétaire et a 64 ans. Joseph Giroux, veuf de Julien (nom de famille de sa femme), est jardinier et a 38 ans
https://archives.essonne.fr/ark:/28047/fmvcr4g7026w/166f952c-86f6-4293-b689-1ec5132f53db
Nous avons également copié cet article qui résume les activités d’une fabrique de tuiles, il reprend le témoignage de Ludovic de Baudus, issu de l’ouvrage « La Bretèche » de Gérard Boutet http://vie.dargile.perso.infonie.fr/extracti.htm
" On extrayait la terre durant l'hiver, par tranchées régulières de trois mètres de profondeur. Cela se faisait à la bêche. On mouillait le fer après chaque cube retiré, de façon que la terre ne colle pas à l'outil. C'était généralement la part du maître tuilier ; un compagnon l'aidait parfois. Les autres ouvriers fagotaient dans les taillis car la prochaine saison de cuisson ne dévorerait pas moins de trente-cinq mille fouées ! En d'autres endroits, les tuiliers devaient procéder au mâchement de la terre. Ils mélangeaient par moitié l'argile maigre et l'argile grasse afin de composer une pâte adéquate. Débarrassée de ses pierres et de ses scories, la terre restait en repos au fond de la glaisière durant tout l'hiver. On affirmait qu'elle mûrissait en tas, autrement dit : qu'elle subissait les gelées. On ne pouvait pas la cuire car le quart d'eau qu'elle renfermait aurait causé son éclatement au feu "...
Nous avons découvert l’existence d’un « Musée de la tuile » à Pargny sur Saulx… dans la Marne. Saulx ! Ils ont UNE Saulx (le canal de la Marne au Rhin) en commun avec nous, ce nom propre m’a fait comme un clin d’œil. Voici la nature de ce musée, géré par des bénévoles :
« En 1994 quelques passionnés de la tuile et collectionneurs ont créé une association loi 1901 : "LES AMIS DE LA TUILE" dont le siège est à Pargny sur Saulx. Cette association a pour but de rassembler et conserver tous les éléments en terre cuite ayant servi ou servant à couvrir à orner ou décorer la maison ainsi que les accessoires et de les exposer. Depuis 2004 la chapelle des Tuiliers sert de cadre aux expositions. L'association a un fond de plus de 1800 pièces, toutes données. »
https://museedelatuile.e-monsite.com/pages/presentation.html
Vous pourrez y trouver toutes sortes de renseignements complémentaires.
Pourrions-nous aussi ouvrir un musée sur Saulx, ses souvenirs et ses habitants ?
Vous en pensez-quoi ?